12.
Lynchage

 

Juillet 1991

 

Je pensais que Fiona délirait à cause de la fièvre, mais sa terreur était si intense que j’ai fini par l’envelopper dans une couverture pour la porter jusqu’à la voiture, et nous sommes partis. Nous avons pris une direction au hasard : l’est. Au bout d’une heure, Fiona m’a agrippé en criant : « Léandre ! Il est en train de mourir ! Je le sens ! »

Je me suis arrêté à la première cabine téléphonique afin de joindre son cousin. En vain. Bien plus tard dans la nuit, nous avons appris que sa ferme a été détruite par un mystérieux feu de forêt. Lui et toute sa famille ont péri dans l’incendie.

— C’était la vague noire, a murmuré Fiona en frissonnant. Elle nous poursuit.

Nous sommes remontés en silence dans la voiture pour fuir à travers la France. Tandis que je conduisais dans la nuit claire de l’été, je ressassais les paroles que m’avait dites Selene peu avant que je la quitte pour la première fois. Elle revenait d’une réunion avec ses amis Woodbane, ceux que je redoutais tant, et elle semblait agitée, comme si une énergie incroyable l’inondait. Je l’avais interrogée sur leur soirée et elle m’avait répondu avec un rire sec qu’ils avaient « regardé la vague ». Bien sûr, comme nous vivions sur la côte du Pacifique, je pensais qu’elle parlait des vagues de l’océan.

Aujourd’hui, je me demande si ce n’est pas Selene qui nous a envoyé cette vague, si elle ne cherche pas à se venger enfin.

 

Maghach

 

* * *

 

Je ne sais pas combien de temps je suis restée là, tremblante, trop choquée pour pleurer. Déesse, aide-moi…

Cal, oh ! Cal…

Les larmes, brûlantes et salées, ont fini par couler sur mes joues. Les genoux remontés sous le menton, les bras autour des jambes, je me suis balancée d’avant en arrière, gémissant en silence pour ne pas réveiller ma famille. La brûlure au creux de ma main semblait se répandre dans tout mon corps, au point qu’il me semblait n’être plus qu’une blessure béante.

Dagda a poussé un miaulement. Du bout de la patte, il m’a tapoté le bras. J’ai levé les yeux vers lui, comme engourdie.

Mon cerveau a fini par se remettre en marche. Comment était-ce possible, comment Cal était-il parvenu à faire intrusion dans ma vision ? Avait-il eu recours à la magye noire ? Ou était-ce moi qui, inconsciemment, avais cherché à le revoir ?

Il m’avait dit qu’il m’aimait, qu’il m’aimerait toujours. N’avais-je pas senti de la sincérité dans sa voix ?

N’en pouvant plus, je me suis pris la tête entre les mains et j’ai murmuré : « Stop ! Arrête de penser ! »

Au bout de quelques minutes, je suis enfin sortie de ma prostration pour me forcer à me coucher. Aussitôt, Dagda est venu se rouler en boule sur mon ventre. Allongée là, j’ai contemplé le plafond sans le voir en sentant les larmes glisser sur mes tempes et tremper mon oreiller.

 

* * *

 

Le lendemain, je suis passée d’un cours à l’autre comme un automate. Ma brûlure s’était transformée en une cloque brillante qui a éclaté à la mi-journée. Écrire était un tel supplice que je ne prenais pas de notes. Ce qui n’était pas plus mal, d’ailleurs, vu que je n’écoutais pas. Les professeurs auraient pu tout aussi bien faire cours en swahili, cela n’aurait rien changé. Moi, une seule idée m’obsédait : Cal m’avait parlé !

Espérait-il toujours me rallier à sa cause et à celle de Selene ? Ou était-il assez cruel pour tenter de me rendre folle ? En ce cas, il réussissait à merveille. Jamais je n’avais ressenti un tel mélange d’espoir et d’horreur : j’avais l’impression de perdre la raison.

Lorsque je suis rentrée du lycée, un message de Bob Unser, le garagiste, m’attendait à la maison : les pièces pour Das Boot étant arrivées, je pouvais déposer ma voiture le lendemain matin et la récupérer le mercredi. Parfait, ai-je songé. Comme ça, j’ai une bonne excuse pour ne pas aller chez Hunter mardi soir. Évidemment, j’aurais dû l’appeler aussitôt pour lui raconter ma vision, mais c’était au-dessus de mes forces. Je ne pouvais pas en parler, et surtout pas à lui. Du moins pas tout de suite.

Je l’ai prévenu par e-mail que, faute de voiture, je ne pourrais pas me rendre chez lui comme prévu. J’en ai profité pour lui expliquer comment David s’était ouvert la main.

Ensuite, pour éviter de rester seule chez moi à ressasser mes idées noires, j’ai décidé d’aller voir Eileen et Paula : elles auraient peut-être besoin d’aide pour défaire leurs cartons.

Taunton, le village où elles avaient emménagé, était encore plus petit que Widow’s Vale ou Red Kill. Eileen et Paula habitaient dans un quartier ancien verdoyant, où toutes les maisons, bien que différentes, composaient un ensemble harmonieux. Des arbres majestueux dominaient la rue et projetaient leur ombre sur les pelouses.

Comme je voulais leur faire une surprise, je me suis garée au bout de leur rue et j’ai commencé à remonter le trottoir.

Alors que j’approchais de leur maison, j’ai aperçu trois adolescents qui, me semblait-il, se livraient à une bataille de boules de neige sur la pelouse. Deux d’entre eux portaient des parkas avec des bandes réfléchissantes tandis que le troisième était habillé en kaki de la tête aux pieds. Soudain, j’ai compris ce qui se passait réellement : ils ne jetaient pas des boules de neige, mais des pierres… sur la maison de Paula et d’Eileen !

— Espèces de gouines ! a crié l’un d’eux.

— On ne veut pas de sales lesbiennes dans notre quartier, a renchéri un autre.

Folle de rage, je me suis mise à courir.

— Sortez de là, salopes ! a ordonné l’un des garçons. Venez donc faire la connaissance de vos voisins ! Le comité d’accueil, c’est nous !

Avec un bruit de verre brisé, une pierre a atteint l’une des vitres.

— Vous êtes malades ou quoi ? ai-je hurlé en arrivant à leur niveau. Fichez le camp !

Celui qui m’a répondu avait un nez aplati et le crâne rasé :

— T’es qui, toi ? Encore une gouine ? Tu sais pas ce que tu rates, chérie !

— Dégagez ! leur ai-je lancé, la voix vibrante de colère.

— Et si on refuse, m’a défiée Crâne Rasé en s’approchant, suivi des deux autres, tu fais quoi ? Tu nous tapes dessus avec ton sac à main ?

Il s’est retourné vers ses copains, et ils ont ri bêtement tous les trois. J’ai serré les poings si fort que mes ongles me sont entrés dans la paume.

— Partez d’ici, ai-je insisté d’une voix posée qui m’a étonnée moi-même. Ne m’obligez pas à vous faire du mal.

Il a éclaté de rire.

— Poupée, toi, t’as besoin d’un mec, d’un vrai. Comme ces autres gouines, là. Viens, je vais te montrer comment on fait ! a-t-il ajouté en tendant les bras vers moi.

— Vous ne savez vraiment pas à qui vous avez affaire.

Le sourire aux lèvres, Crâne Rasé a essayé de m’attraper. Sans lui laisser le temps de me toucher, j’ai tendu la main pour lui projeter une boule de feu bleue dans la gorge. Ce n’était pas prémédité, ma colère avait pris le dessus. Il est tombé à genoux en gémissant de douleur, plié en deux, les deux mains plaquées sur son cou.

Je me sentais parfaitement calme, prête à les exterminer tous les trois. J’ai commencé à murmurer mon chant de pouvoir :

— An di allaigh…

Le regard des deux autres allait de Crâne Rasé à moi, comme s’ils cherchaient à comprendre ce qui s’était passé. Leur copain toussait en vomissant sur le trottoir gelé. Il a levé les yeux vers moi et a tenté de se redresser. D’un geste aérien, je l’ai renvoyé à terre. Sans même l’effleurer, je l’avais immobilisé. Je me sentais toute-puissante.

Voyant la scène, ses deux acolytes ont échangé un coup d’œil, puis ont détalé à toute vitesse.

Je me suis penchée vers l’asticot effrayé qui se tortillait à mes pieds. Il n’a que ce qu’il mérite, me suis-je dit en jubilant.

Sentant l’odeur aigre de sa peur, j’ai reculé d’un pas en murmurant « Va-t’en » et j’ai relâché mon emprise sur lui.

Il s’est relevé tant bien que mal avant de se mettre à courir vers ses copains. Voilà, j’avais gagné.

Je me sentais un tantinet étourdie, presque nauséeuse, comme cela m’arrivait parfois pendant les cercles, quand le pouvoir prenait possession de moi. Accroupie, j’ai posé les mains et le front au sol afin de libérer l’énergie qui m’inondait encore. Ensuite seulement, je me suis tournée vers la maison.

La verrière était en miettes, ainsi qu’une autre fenêtre à l’étage. Je me suis hâtée vers la porte, espérant qu’Eileen et Paula allaient bien, et qu’elles ne m’avaient pas vue.

J’ai sonné. Personne n’a répondu. En déployant mes sens, je les ai localisées dans une pièce à l’arrière. Elles n’avaient rien, mais, effrayées, elles avaient préféré se cacher. De nouveau, j’ai vu rouge : c’était monstrueux de se retrouver prisonnier chez soi !

— Tante Eileen, c’est moi, Morgan ! ai-je crié par la fenêtre brisée.

Peu après, la porte d’entrée s’est ouverte et ma tante m’a prise dans ses bras.

— Morgan ! Tu vas bien ? Tout à l’heure, il y avait trois gamins qui…

Ouf, ai-je pensé, elles n’ont pas assisté à ma démonstration de force.

— Je sais, je les ai croisés.

Elle m’a fait entrer, et nous avons retrouvé Paula dans le salon.

— Je viens d’appeler la police, qui ne pourra sans doute rien faire à part constater les dégâts, puisqu’ils sont partis…

— J’imagine qu’on doit attendre avant de nettoyer tout ce verre… a annoncé Paula en regardant le sol d’un air peiné.

— Ce n’est rien, a répondu Eileen en la prenant par les épaules. On fera remplacer les fenêtres, c’est tout. Viens, Morgan, je vais quand même te faire visiter la maison !

Elles m’ont expliqué leurs projets de décoration et de rénovation. Elles avaient beau tenter d’avoir l’air enthousiastes, je voyais bien que l’incident les avait choquées.

Quand la sonnerie a retenti, nous avons sursauté toutes les trois. Ce n’étaient que deux policiers, l’agent Jordan, un grand Afro-Américain, et l’agent Klein, une jeune femme aux cheveux blonds courts et frisés. Paula et Eileen ont fait leur déposition, puis leur ont montré les fenêtres brisées.

— Est-ce que vous seriez capables de les décrire ? a demandé l’agent Jordan.

— Nous savons qu’ils étaient trois, a répondu tante Eileen. Guère plus, nous ne sommes pas sorties…

— Moi, je les ai croisés en arrivant, les ai-je interrompus. Ils avaient environ mon âge. L’un d’eux, un chauve aux yeux bleus, portait un treillis. Son nez était cassé et aplati.

— Comment peux-tu être aussi précise ? s’est étonnée Paula.

— Ils… euh… ils sont passés juste devant moi en courant. Un autre, un brun, était plutôt petit, un mètre soixante sans doute, et coiffé en brosse. Le troisième, un blond, avait les cheveux plaqués en arrière et des lèvres épaisses.

L’agent Jordan a noté les descriptions, puis s’est adressé à ma tante :

— Je vois que vous venez d’emménager. Vous savez pourquoi ils s’en sont pris à vous ?

— Parce que nous sommes homosexuelles, a répondu tante Eileen d’un ton détaché. Ils nous ont traitées de gouines.

— Il y a vraiment des imbéciles partout, a soupiré l’agent Klein.

— J’espère que vous allez les retrouver, a coupé Paula. Avant qu’ils ne blessent quelqu’un.

Après le départ des deux policiers, je les ai aidées à ramasser les éclats de verre et à colmater les fenêtres avec du carton.

— Dieu que c’est moche ! a marmonné Paula.

— C’est temporaire, l’a rassurée ma tante. J’appellerai le vitrier demain.

— Oh, il est déjà six heures passées ! me suis-je écriée en regardant ma montre. Je ferais mieux de filer.

Elles m’ont toutes les deux embrassée en m’invitant à repasser quand je le souhaitais.

Alors que je retournais vers ma voiture, j’ai jeté un coup d’œil par-dessus mon épaule. Elles se tenaient sur le porche, dans les bras l’une de l’autre. Paula avait posé la tête sur l’épaule d’Eileen. Malgré la distance, je sentais leur inquiétude.

Et je la partageais : ce n’était que le début. Même s’ils venaient d’avoir la peur de leur vie, ces abrutis allaient revenir.

Le danger
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